L’oeuvre de la semaine : Après le solstice …

Article paru dans le Vif. 24/12/2015.
Source : Lien vers l’article original

Par Guy Gilsoul, Journaliste.

Une cathédrale, comme celle des Saints Michel et Gudule à Bruxelles, est un énorme
vaisseau de pierre et de symboles.

P. Kinard, Oro, 2015. © Patricia Kinard

L’apparente simplicité de ses espaces intérieurs vit certes de la combinaison de deux
tensions essentielles, l’une horizontale rythmée par les colonnes de la nef puis du choeur,
l’autre verticale, assurée par la hauteur vertigineuse du vide central. Mais en réalité, plus on
tente de décrypter le sens de cette construction, plus s’inscrit une infinie combinatoire
embrassant la théologie et l’univers, la foi et la raison.

Ainsi, une symbolique des nombres (3, 6, 8, 12) détermine la division en étage, le plan, les
fenestrages et les décors sculptés. Au fil des siècles, divers éléments ont été ajoutés mais,
à y regarder de plus près, on s’aperçoit qu’à chaque fois, loin d’être un décor gratuit,
l’addition s’inscrit dans l’ensemble du sens et l’enrichit.

P. Kinard, Oro, 2015. © Patricia Kinard

Or voilà, chose rarissime, qu’une nouvelle oeuvre vient d’être acquise et placée au fond de
la perspective principale, au centre du choeur ancien. Il s’agit d’une présence lumineuse
davantage qu’une illustration. Elle est assurée par quatre toiles carrées et dorées
légèrement séparées les uns des autres par un filet de bleu qui dessine en creux, une croix
grecque. Dessous, un large rectangle sombre, noir quand on le voit de face, flammé dès
que l’angle de vue se fait oblique assure le contraste entre un appel à la méditation et le
point de départ, attaché aux réalités de la terre.

La simplicité apparente (mais il suffit d’approcher le regard pour découvrir toute la
respiration du travail pictural) rejoint en réalité et avec une évidence naturelle, l’affirmation
d’un tout en quatre parties et dans le même temps celle d’une séparation qui,
géométriquement désigne un rapport dit d’or dont le Moyen-âge gothique avait usé afin
d’évoquer une harmonie à jamais réductible à la seule raison (arithmétique).

Le peintre, Patricia Kinard avait peint cette composition pour elle seule. Une toile après
l’autre. Petit à petit, une construction s’était imposée. Naturellement. Elle n’imaginait pas
qu’un jour, cette oeuvre serait là…

Bruxelles, Cathédrale Saints Michel et Gudule.

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